23 avril 2008

La mère morte

Mon chef est en vacances alors je suis seule au bureau. Déjà que quand il est là y a pas des masses d'action, là on peut dire que c'est mort. Le temps dehors me rappelle que c'est l'hiver (ha? non? ha.) et mon moral est plus que dans les chaussettes d'hiver de mes boots en fourrure.

La journée va être longue et je te parle même pas de la semaine et du reste du CDD. J'ai espoir, que les beaux jours arrivent apportant la stagiaire qui a l'air gourde mais qui aura le mérite de faire qu'il se passe des choses dans ma journée.

Je deviens dingue. Totalement. Le matin j'ai l'impression d'arriver dans un cimetière. Il n'y a aucun bruit, les bureaux sont plongés dans le noir et ça ne sert à rien d'allumer partout, il n'y a que moi.

Je ne sais même pas comment je trouve la force de venir, de tenir. En arrivant j'ai encore fondu en larmes. En silence comme si ça allait gêner quelqu'un. A part la plante verte qui est en train de crever qu'on lui remet pas de terre, il n'y a rien de vivant dans cet appart'. Le seul truc qui bouge à proximité de moi c'est les arbres à cause du vent et de la pluie.

Comme si ça suffisait pas, la grande glace qui trône au dessus du vieux miroir piqué comme celui que ma grand-mère a dans sa chambre, me renvoie un reflet déprimant. Sans déconner, je me croiserais dans la rue, je me ferais peur. J'ai le regard mort d'un mérou, le teint d'une huitre et la coiffure d'un balai-espagnol.

Je ne comprends pas ce qui va pas. Réellement je veux dire. "Qu'est-ce qui ne va pas?" A part des conneries qui me gonflent dès le réveil et me foutent dans un état trop noir pour être légitime, je ne saurais pas répondre. Je peux te faire une liste longue comme le bras de ce qui me rend folle mais rien ne va pas à ce point, je crois. Alors tu pourrais me répondre que je vais avoir mes règles et que ça viendrait de ça. Mais ça serait réducteur (sans compter que ça me rendrait hystérique). Cette manie de toujours résumer les femmes à leurs ovaires me rend dingue. Comme si ça enlevait toute la légitimité du malaise, comme si tout n'était que prétexte, comme si finalement personne n'avait rien à se reprocher que c'était juste "ho elle a ses règles".

Alors je n'ose plus rien dire. Je grimace juste, je dis que ça va mais ça va pas. Au fond, dans moi. Je suis toujours vide, inexistante et docile. Je m'applique toujours à absorber les autres, à diriger, organiser, je me rends indispensable par ce que j'accomplis mais ça ne me va pas. J'ai l'impression d'être la Mère, celle qui régente, qui suit, qui valide et je ne supporte plus. Je voudrais laisser le monde vivre sans m'en soucier et tant pis si rien ne se passe. J'en ai marre de porter et pousser au cul, c'est beaucoup trop de responsabilités pour moi. Je n'y arrive plus.

Je me sens vieille de 60 ans, les seins tombants, le ventre élargi, les mains calleuses d'avoir trimé tant pour faire avancer les autres, m'oubliant totalement pour me mettre au service du monde.

Alors comment ça pourrait aller? Hein? Comment je pourrais me sentir vivante?

Posté par Traash à 09:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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