18 février 2008

Nomads land

Il y a tout juste un an, en terrasse d'un restaurant, il m'a demandé de vivre avec lui. Cette proposition impliquait de quitter ma région de naissance pour la sienne mais je n'ai pas hésité. J'ai dit oui et ensuite j'ai tremblé. J'ai dit oui en me parant d'un filet, en expliquant que j'avais juste besoin de quelques semaines, qui faisaient quelques mois, pour savourer encore un peu, pour profiter pour faire le plein puisque, de toutes évidences, rien ne serait plus jamais pareil.

J'ai donné ma démission, j'ai fait des fêtes d'au-revoir avec ma famille, j'ai dépendu la crémaillère avec mes amis. Plus pour marquer le coup de cette transition qui ne se faisait que par abandon. Pour dire aussi à un moment de ma vie à ceux qui m'entourent que je les aime, que je pars mais je ne les fuis pas. Pour que ça nous soude pour l'après et que si malgré tout la vie nous sépare que ça ne sera pas de rancœurs.

Je me suis installée petit à petit et je suis loin d'avoir fini. J'ai rangé la maison, trié mes affaires, les siennes un peu. Au fil du temps, chacun de nous commence à trouver sa place par rapport à l'autre et me vient alors l'envie de m'individualiser. De me créer mon réseau d'amis, mes sorties pour compléter ce tableau que nous tentons de peindre équilibré. C'est pour ça que je me retrouve tant confronté à mon vide. Parce que je ne sais pas qui je suis, sortie de tout ce qui m'a toujours entourée et que j'ai décidé de m'y mettre, pour que la vie me soit plus douce et parce que je vois bien que ça le rend triste de me voir si morte à l'intérieur.

Mais hier, en terrasse d'un restaurant, il m'a expliqué que son boulot allait subir des grandes manoeuvres et qu'il ne serait pas épargné. Que parmi les options à retenir se présentent éventuellement celles de changer de régions ou de rester mais avec de nombreux déplacements.

Au moment où je m'apprête à me concentrer sur moi et à me trouver, à me bâtir ici, cet endroit ensoleillé où je me sens bien (le soleil qui éclaire la ville le matin quand tu vas bosser c'est un bon remède à la mauvaise humeur), où je ne veux me concentrer que sur ce que je veux moi, je me retrouve dans une situation de compromis. Parce que j'ai eu envie de pleurer. Je me le suis pris en pleine face, je ne m'y attendais tellement pas. J'ai eu envie de pleurer parce que je sens pointer en lui une envie de peut-être partir et que je ne le veux pas.

Egoistement j'ai eu envie de hurler non, de ne penser qu'à moi. De trouver que c'est trop tôt pour moi, je viens à peine de poser mes valises. Je n'ai nulle envie de les refaire pour un ailleurs qui ne me tente même pas. Je n'ai pas envie de ranger au placard les directives que je me suis intimement données pour me sentir native d'ici. Je n'ai pas envie de me ré-acclimater dans une région qui nous sera inconnue à tous les deux.

Je n'ai juste pas la force de réfléchir à cette situation. Parce que je n'ai pas envie de m'imposer alors que je cours après ça ces temps-ci et je n'ai pas envie de le forcer. Je ne peux tout simplement pas réfléchir à ça. C'est tellement remuant, du 13 sur l'échelle de Richter, au moins.

Depuis l'annonce, je suis plus silencieuse, plus refermée, parce que ça me hante mais que je refuse d'y penser. J'ai tellement peur que nos désirs soient opposés.

Posté par Traash à 11:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Nomads land

Nouveau commentaire